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Titre de son oeuvre : Le Cycle d'Alamänder (voir la critique) Genre : Fantasy Editeur : l'Olibrius Céleste (second tome à paraître au premier trismestre 2009) Pour en savoir plus : le site officiel de l'auteur Résumé du premier tome, Le T'Sank : Dites adieu aux orques, aux elfes, aux dragons ! Aujourd'hui, vous partez pour Alamänder. |
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L'interview :
Avant toute chose, nous tenons à remercier l'auteur pour sa disponibilité et d'avoir accepté de répondre à nos questions. Nous lui souhaitons une bonne continuation dans son parcours d'écrivain, en espérant que ses romans connaîtront un franc succès ! Sahagiel : l ’un des points forts de votre récit est ce monde, complexe et farfelu. Pouvez-vous nous conter sa genèse ? Alexis Flamand : certaines personnes pensent qu’en Fantasy, il faut d’abord inventer un univers, avec ses règles, ses coutumes, sa politique. Le problème, en procédant ainsi, est qu’on se retrouve vite avec une grosse encyclopédie qu’on s’efforce coûte que coûte d’insérer dans le flux de l’intrigue. C’est le syndrome jeu de rôles : comme on a passé du temps à développer un monde, on essaie de le rentabiliser et d’en fourguer le plus possible au lecteur… Cela produit des pages d’explications aussi détaillées qu’indigestes, qui n’ont comme autre résultat que celui de flatter l’ego créatif de leur auteur. À plusieurs reprises dans votre roman, vous étayez vos concepts grâce à la science, que ce soit pour le Noble Art ou la végétation. Ces approfondissements ont-ils nécessité des recherches ou documentations poussées ? J’ai fait des études de biologie, ce qui m’aide à deux niveaux. D’abord, je peux m’appuyer sur mes souvenirs pour exposer des mécanismes réels, mais aussi pour extrapoler et en créer d’autres. Il est toujours plus aisé pour une personne ayant une formation scientifique de donner une apparence réaliste à des créatures totalement farfelues. Dans cette optique, internet fut-il un outil efficace durant le processus d’écriture ? Que ce soit comme outil de recherche ou moyen de dialoguer avec vos lecteurs ? Quel que soit le travail de recherche, Internet est de nos jours un outil indispensable. Je l’utilise lorsque j’ai une idée et que j’essaie de la crédibiliser, ou pour vérifier si mes souvenirs sont exacts. Un exemple : dans le tome 2, Ninfell utilise ses connaissances sur la physiologie pour assassiner un notable. Lorsque j’ai trouvé un moyen pour lui d’arriver à ses fins, j’ai parcouru de nombreux sites de médecine pour voir s’il était possible de procéder ainsi… sans que cela soit trop tiré par les cheveux. Votre roman s’étoffe à plusieurs niveaux ; à la fois dans la narration où vous alternez intrigue passée et présente, mais aussi dans les genres, quand vous adoptez un discours tantôt burlesque, scientifique, policier, épique ou initiatique. Mélanger toutes ces tendances était-il difficile ? Avez-vous opté pour l’intertextualité par soucis d’originalité, pour déstabiliser le lecteur ? Pour moi, un auteur est avant tout un schizophrène, qui tire de ses différentes personnalités ses différents personnages. De même, il emploie ses différentes humeurs pour créer différentes ambiances. Ce n’est donc pas difficile dans la mesure où l’inconscient se charge de la plus grande partie du travail. Le plus gênant, en l’occurrence, est la camisole qui limite vos mouvements. Votre roman se place souvent sous un jour léger, atténuant la violence pourtant récurrente. Certains aspects de votre monde font ainsi froid dans le dos ; l’humour vous permit-il de mieux faire passer les messages ? L’humour a ceci de merveilleux qu’il permet à la fois d’amortir la violence des rapports entre les humains, ou celle de certaines scènes, mais il a aussi pour effet de les souligner, de les mettre en avant sous des dehors anodins. L’humour avance masqué, il permet de dissimuler plus facilement ses intentions jusqu’au moment où elles sont révélées. Par ailleurs, le genre burlesque reste assez peu utilisé en Fantasy, était-ce un challenge pour vous, ou une voie toute tracée ? Quelles en sont les difficultés, selon vous ? Un fait difficile à nier est que l’humour est assez peu présent en Fantasy. Beaucoup de personnages de romans sont d’autant moins drôles que leur épée est longue. Cela est dû d’une part à leur côté archétypal, qui n’est pas le meilleur tremplin pour créer une personnalité nuancée, et au côté martial associé le plus souvent au genre. Quand on est en quête d’une épée magique, on n’est pas là pour rigoler. On tue des monstres, on est couvert de sang, on peut éventuellement se servir de son cerveau pour comploter plutôt que de son glaive pour trancher une discussion, mais on ne rit pas. L’humour, c’est bon pour les tapettes qui n’ont que ça pour faire oublier leur absence de muscles. Vous distillez dans Le T’Sank plusieurs références, hommages ou clins d’œil à de grands auteurs, comme Jack Vance, Fritz Leiber ou H.P Lovecraft. Ces pointures de la SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique) ont-elles influencé votre style, la conception de votre univers ? Vous pouvez le dire ! Vance est l’un des grands conteurs contemporains. Il met dans ses récits un sens de l’épopée, du merveilleux, de l’onirique qui me nourrit toujours autant lorsque je le lis. Il y a beaucoup d’humour chez Vance, un humour léger, teinté de dérision. J’ai appris que votre roman sera bientôt adapté en jeu de rôle. Comment ce projet est-il né ? J’ai écrit quelques articles pour un magazine papier de jeu de rôle, JDR Mag. Le rédacteur en chef a éprouvé de la curiosité pour le livre. Il l’a lu, a aimé, et s’est dit intéressé pour adapter l’univers en jeu de rôle. Je dois aussi une fière chandelle à Alexandre Dainche, directeur artistique chez JDR Mag, qui a soutenu l’idée dès le début et m’a représenté auprès de la rédaction. C’est aussi Alexandre qui a illustré la couverture du T‘Sank. À ce propos, que ressentez-vous à l’idée que votre cycle soit transposé sur d’autres supports ? Très heureux, bien sûr, et très honoré de la confiance qu’on me fait. Lorsque j’ai commencé à écrire le premier tome, j’avais dans l’idée à long terme d’en faire un univers pour jeu de rôle. Étant moi-même un vieux rôliste, il était difficile de ne pas avoir un tel projet en tête. Mais je ne m’attendais pas à ce que cela soit mis en place si rapidement ! Vous envisagez plusieurs suites pour le cycle d’Alamandër, avec un second tome à paraître au premier trimestre 2009. Pouvez-vous nous en toucher quelques mots ? Le manuscrit d’origine était constitué du tome 1 et du tome 2 réunis. Cela faisait donc un pavé assez gros, que l’éditeur m’a proposé de scinder en deux parties. C’était le seul moyen, disait-il, de rendre justice au manuscrit sans avoir à le mutiler. C’était surtout une très bonne idée ! Cela a demandé un gros travail d’adaptation, mais cette scission permet, je pense, de le rendre plus digeste et de dynamiser l’ensemble. Vous êtes auteur, certes, mais aussi maquettiste et directeur artistique pour les éditions l’Olibrius Céleste. Par ailleurs, on peut trouver sur votre site plusieurs illustrations en images de synthèse. Travailler sur ces supports est-il un épanouissement, un moyen d’approfondir encore votre univers ? Rien ne me rend plus heureux que de créer, quels que soient les supports et… la qualité de ce que je crée. C’est plus qu’un épanouissement, c’est tout simplement ce qui fait que je prends plaisir à vivre. Les éditions de l’OC m’ont fait confiance et m’ont donné l’occasion de pouvoir me faire plaisir dans le domaine du graphisme dit « 2D », ce dont je les remercie ! Pour introduire les questions plus générales, on voit souvent la SFFF malmenée par le milieu littéraire. En tant qu’écrivain dans le genre, quel regard portez-vous sur la SFFF actuelle, plus particulièrement en France ? Assez sombre, hélas. Et encore, je trouve que la SF jouit d’une reconnaissance bien plus importante que n’en jouit la Fantasy. Celle-ci n’est pas encore parvenue à forcer le respect comme a réussi à le faire sa grande soeur. Les responsables sont d’abord les auteurs, qui par paresse ou facilité ont repris jusqu’à la nausée des thèmes vus et revus. Je le dis souvent, parler de dragons, d’elfes ou d’orphelins-dépositaires-du-pouvoir-des-anciens, ce serait comme réécrire des récits de planètes des sables et de vers géants pour un auteur de SF. Il y a heureusement des exceptions, mais de manière générale, pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ? Comment organisez-vous vos séances d’écriture (rituels, ambiances ou lieux particuliers…) ? Rien de tout cela ! J’écris quand je le peux et quand j’en ai l’envie et/ou le courage. Cela peut-être n’importe où, pour peu que je puisse avoir accès à un ordinateur et bénéficier d’un peu de silence. Par ailleurs, quels sont vos projets concernant l’écriture, une fois fini le cycle d’Alamänder ? D’autres genres vous attirent-ils ? En fait, je suis plus un lecteur de SF que je ne le suis de Fantasy. J’ai un autre projet en tête, à mi-chemin entre ces deux genres, tant il est vrai que la frontière qui les sépare est souvent mince. Je pense cependant qu’Alamänder va m’occuper encore quelques années – même si la présence de Retzel est très motivante pour mettre un terme rapide au cycle. Sans compter l’univers du jeu de rôle à développer ! Enfin, quels conseils donneriez-vous à un auteur souhaitant suivre votre voie ? Travailler au maximum son intrigue de manière à savoir vers quoi on tend lorsqu’on commence à écrire. Remplir des pages sans avoir auparavant planifié une histoire, c’est un exutoire non négligeable, mais cela mène souvent à une impasse ou à une écriture erratique parce qu’elle ne sait vers quelles situations, quels rebondissements se diriger. Un mot à ajouter, pour clore cette interview ? Un grand merci à Utopie, qui m’a permis de faire ce que j’aime le plus : m’écouter parler. Je souhaite tout le succès possible à votre site !
Propos recueillis par Sahagiel |