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Genre : Dark Fantasy Date de parution : disponible aux éditions Mnemos – collection Icares Pour en savoir plus : le site officiel de l'auteur Résumé du tome : (voir la critique) Des bas-fonds les plus sordides aux éclats de la cour princière, la cité d'Arachnae se livre sans fards, gangrenée par l'horreur et les excès. Dans le Labyrinthe où se côtoient la misère et le vice, des cadavres d'enfants torturés sont retrouvés. Théodora, la belle bretteuse libertine, est contrainte de s'allier avec l'austère Capitaine Gracci pour faire cesser ces crimes, alors qu'une guerre souterraine sans merci se joue entre le prince Alessio et les Moires, ses conseillères, et qu'une secte mystérieuse semble étendre son influence sur l'aristocratie décadente.
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L'interview : Avant tout, nous tenons à remercier l'auteur pour sa disponibilité et sa gentillesse ! Sahagiel : pour débuter cette entrevue, pouvez-vous nous conter la genèse d’Arachnae ? Charlotte Bousquet : quand j’ai commencé à écrire Arachnae, j’étais plongée dans la lecture de Le Vampire au fil des siècles d’Estelle Valls de Gomis, du Marquis de Sade – je crois que je venais de me procurer Les Crimes de l’amour et je jouais au jeu de rôles Les Secrets de la Septième Mer, qui se déroule dans un univers de cape et d’épées mêlant D’Artagnan et les Borgia. Je venais de terminer ma trilogie Le Cœur d’Amarantha (éditions Nestiveqnen). J’avais envie de reprendre certains aspects de l’univers (politique, tarots, divination), tout en créant quelque chose qui soit plus proche de la fantasy sombre et intimiste dans laquelle je me sens véritablement à l’aise… Je crois que de tout cela – et d’autres éléments aussi, comme des séries – a donné naissance au projet. Fantastique, ouvrages jeunesses, polars historiques, vous avez expérimenté de nombreux genres. Arachnae s’intéresse plutôt à la dark fantasy, quelles sont les difficultés de ce genre, selon vous ? Et surtout, quelles libertés, quelles possibilités offre-t-il à un auteur ? Les difficultés de la dark fantasy ? D’un point de vue d’auteur : je suppose que ce sont les mêmes rencontrées dans la fantasy en général. Je crois qu’il y a deux écueils à éviter : le copier-coller de recettes éculées (quoi que ce genre de plat puisse avoir une agréable saveur s’il est bien cuisiné), l’originalité à tout prix (fût-il celui de l’intérêt du récit). D’un point de vue plus commercial – mais ce serait à mon éditrice, Charlotte Volper, de répondre – peut-être la dark fantasy est-elle moins facile d’accès, et donc, moins aisée à « vendre », que la fantasy classique ? La dark fantasy – et les mondes imaginaires en général – offre l’infini à un auteur ! Il y a bien sûr l’aspect démiurge, créateur de mondes, qui n’est pas à négliger. Mais il y a surtout la possibilité de créer des hybridations littéraires, de mêler le fantastique et l’horreur au merveilleux, de faire intervenir le polar, le récit intimiste ou psychologique, et même de composer du théâtre et de la poésie au sein d’un même monde. Quand j’écris dans l’univers de l’Archipel des Numinées, je peux jongler avec tout cela… Et c’est une liberté fabuleuse ! Quand on lit Arachnae, on tombe sous le charme de la ville éponyme, au point que nous pourrions l’assimiler à un véritable personnage. Dans cette série consacrée à l’Archipel des Numinées, quelle place donnez-vous aux cités, les considérez-vous comme des piliers, des cadres, des vecteurs privilégiés pour ancrer vos protagonistes et vos intrigues ? Arachnae est un personnage à part entière, une ville organique, monstrueuse, qui enfante et avale ses propres rejetons. J’avais en tête un souvenir de Le Ventre de Paris, de Zola et peut-être quelques textes sur Venise ou Rome (la Babylone biblique). Les villes sont évidemment très importantes dans l’Archipel des Numinées. D’une certaine manière, elles donnent les premières mesures, le rythme, le ton des romans. Leur dimension, aussi. Arachnae est à l’échelle de la ville éponyme. Cytheriae, à celle d’un quartier. Matricia sera à celle d’une riche demeure. Les récits qui suivront iront en élargissant de nouveau les perspectives, un peu comme une respiration. Pédophilie, meurtres, complots politiques, inéluctabilité du destin, voilà des thèmes matures. Quand on aborde ces sujets complexes, voire tabous, à quels pièges ou difficultés peut-on se heurter ? Par extension, ces thématiques sont-elles l’occasion de mettre en lumière une facette plus sombre des sociétés, y compris contemporaines ? En écrivant Arachnae, je ne me suis pas posée la question de savoir si ces thèmes seraient ardus à faire passer. Ils me tiennent à cœur et me viennent « naturellement » sous la plume. Certains auteurs vont avoir des difficultés avec ça, mais évoqueront bien plus facilement d’autres sujets. De mon côté, il y a des choses avec lesquelles je ne me sens pas du tout à l’aise… Des pièges à éviter ? La complaisance et le détachement, peut-être. Le premier, parce que la frontière est très mince, entre l’horreur et le voyeurisme (mais un bon éditeur peut recadrer, en général). Le second, parce que c’est le meilleur moyen de se perdre et de perdre le lecteur. À mon sens, si l’on choisit de traiter de thèmes aussi graves que la pédophilie ou l’inceste, on ne peut pas le faire les yeux fermés. Et on ne peut pas le faire sans essayer de se mettre à la place de l’autre. Après, ce n’est qu’un point de vue personnel, mais en tant qu’auteure, je ne peux pas écrire sans imprégnation, sans implication ; en tant que lectrice, je ne « marche » pas quand j’ai l’impression de lire une analyse – clinique ou critique – et non un récit. Au-delà des thématiques que j’aborde dans Arachnae – et dans la majorité de mes écrits –, il y a toujours la question du monstre et de l’humain. Parce que le « fragile vernis d’humanité » dont se parent les hommes – j’emprunte l’expression à Michel Terestchenko – s’émiette facilement. Il ne s’agit pas nécessairement de bien et de mal, mais de tenter de comprendre ce que cachent les zones d’ombres qui existent en chacun de nous (inconscientes, et non inavouables). Évoquer une facette sombre de la société ? Oui, certainement. Parce que la société dans laquelle nous vivons est violente, de bien des façons. Pourquoi ne pas aborder dans la fiction cette médiocrité, cette brutalité, souvent inhumaine ? Le concept des Moires, leur rapport à la politique et la façon dont elles jouent avec la trame des possibles, s’avère intéressant, riche. Comment est née cette idée ? Aurons-nous l’occasion de retrouver ces figures si singulières, ou d’autres formes de « magie » ? L’idée est née des Moires de la mythologie qui filent, tissent et coupent la destinée des hommes. Le jeu de rôles Les Secrets de la Septième Mer utilisait une forme de magie inspirée des trois devineresses. J’ai eu envie de créer ma propre variante de l’art des tisseuses et de lui donner une dimension plus mystique. Et puis, bien sûr, il y a la taromancie, que j’utilise à la fois comme élément du récit et comme structure. Les Moires sont avant tout des incarnations de la Lune, la Déesse au triple visage – une figure classique et dans la mythologie (trinité Isis-Hathor-Sekhmet en Égypte par exemple) et dans la fantasy (chez Mercedes Lackey ou Marion Zimmer Bradley). En ce sens, elles jouent un rôle de conseillères spirituelles auprès des grands. Mais n’étant que des êtres humains en dépit de tout, elles sont faillibles – rongées par la volonté de puissance, entre autres. Les dons des autres devineresses, sorcières du destin ou prêtresses, sont plus flous mais ont rapport avec les tarots et les rites de vie et de mort. D’autres formes de magie ? Un peu de métamorphose animale, de sorcellerie liée aux éléments – terre et feu essentiellement –, des pouvoirs mentaux et de la nécromancie. Cette dernière est assez développée dans Cytheriae. Vous prenez le pari de mettre l’accent sur des personnages majoritairement féminins, un choix plutôt audacieux en fantasy. Pourquoi une telle position ? Le sentiment que les femmes, même dans les univers durs, ont leur mot à dire ? Plusieurs raisons à cela (pêle-mêle) : je suis une femme ; en tant que lectrice, je m’identifie essentiellement aux personnages féminins ; en tant qu’auteure, j’entre plus naturellement dans leur peau ; L’Archipel est un monde dirigé en grande partie par des femmes… Et puis, nombre de figures littéraires sont des femmes : Hermione, Antigone, Becky Sharp ou la Marquise de Merteuil, par exemple, ne vivent pas dans une société clémente envers elles et leurs motivations sont plutôt… violentes. Enfin, ne serait-ce que dans le domaine de l’imaginaire francophone, je ne suis pas isolée… Je pense notamment à Nicolas Cluzeau, qui met souvent en scène des personnages féminins forts au sein de ses récits (Cythèle, l’héroïne du cycle éponyme, Djeren dans Le Jour du Lion, Aliyé dans Rouges Ténèbres et plus récemment, Sonia dans Chasses Olympiques), à Justine Niogret (Chien du Heaume), ou encore Sire Cédric (Eva Svärta, la profileuse inquiétante de De Fièvre et de sang). L’intrigue elle-même se veut complexe ; par exemple, vous mêlez volontiers fantasy et enquêtes policières. Ce croisement des genres est-il une façon supplémentaire de nourrir l’imaginaire ? Absolument. L’imaginaire se nourrit de tout cela. Comme je l’ai évoqué plus haut, la fantasy – et en l’occurrence, la dark fantasy – est un lieu privilégié d’hybridation des genres. Par ailleurs, quelles scènes du roman vous procurèrent le plus de plaisir, ou au contraire le plus de difficultés ? Les scènes les plus difficiles à écrire, pour moi, ont été les scènes érotiques. Je ne me sentais pas complètement à l’aise avec elles, quand j’ai écrit Arachnae. C’était d’ailleurs l’un de mes défis personnels d’auteur (ainsi qu’une promesse faite à Stéphanie Nicot durant les Imaginales 2009) : arriver à mieux maîtriser ces passages… et en écrire plus. Certains de mes meilleurs souvenirs d’écriture, dans Arachnae, ont été les descriptions de la ville, de ses ruelles mal famées et du cloaque. Les poèmes et extraits de pièces de théâtre en font également partie. Et puis… Ornella, très secondaire au départ, qui a pris sans que je m’en rende compte beaucoup de profondeur et est l’un des personnages dont je suis le plus fière. La couverture a été réalisée par Elvire de Cock, connue pour sa bande dessinée Tir Nan Og, notamment. Pouvez-vous nous conter l’histoire de cette collaboration ? Par ailleurs, que ressentez-vous à l’idée que votre roman passe des mots aux illustrations ? Charlotte Volper (mon éditrice), m’a montré le blog d’Elvire. « Ça te dirait qu’elle fasse la couverture ?» Je me suis mise à trépigner en poussant des cris hystériques façon Delta Nu dans Legally Blonde. J’adore les illustrations d’Elvire, je trouve son trait très élégant et elle maîtrise superbement les couleurs. Donc… J’étais ravie de la laisser faire ce qu’elle veut avec Arachnae ! Pour preuve, nous avons collaboré pour une nouvelle en ligne (« Arlequinades », sur le blog de L’Archipel des Numinées), elle a réalisé l’illustration de couverture de Cytheriae et fera je l’espère, les autres ! Je trouve génial de voir son interprétation, sa vision de l’Archipel. Vous partagez aujourd’hui un blog avec la dessinatrice, et tenez un site internet. Internet est-il un outil important, pour échanger avec vos lecteurs, véhiculer vos informations, ou même effectuer des recherches ? Internet permet de faire vivre l’univers et de proposer des choses comme « Arlequinades », d’évoquer un peu le travail d’auteure ou d’illustratrice, de tenir les lecteurs informés d’éventuelles rencontres. Ce média permet également d’avoir un contact plus direct avec les lecteurs, souvent plus ouvert et plus facile que le « face à face » de la dédicace et c’est, à mon sens, très important. Concernant les recherches, même si le Net fournit une formidable base de données, celle-ci est loin d’être infaillible et rien ne vaut de bons gros essais solidement documentés quand on veut quelque chose de vraiment solide. Vous proposez sur votre blog une nouvelle illustrée, gratuite, qui développe le passé de Tigran, l’un des personnages principaux d’Arachnae. Quels sont les avantages, les apports d’une nouvelle, selon vous ? Pensez-vous retenter l’expérience, peut-être avec une autre ville ou un autre héros ? Dans L’Archipel, les nouvelles en ligne – oui, il y en aura d’autres ! – mettent l’accent sur un personnage, une situation, une anecdote que je n’ai pas pu développer dans les romans. Elles apportent un éclairage nouveau sur ceux qui vivent ou ont vécu « là-bas ». Plusieurs lecteurs regrettaient que Tigran n’ait pas été plus développé dans Arachnae. « Arlequinades » a été écrit en partie pour leur faire plaisir ! Ces nouvelles donnent lieu à autre forme de collaboration avec Elvire, qui peut s’approprier plus complètement l’Archipel et en faire une co-création. La deuxième nouvelle écrite dans l’univers des Numinées, « Toiles déchirées » (en mai dans l’anthologie Magiciennes et Sorciers dirigée par Stéphanie Nicot), elle, introduit le récit qui se déroulera à Matricia… Avec Cytheriae, vous vous aventurez cette fois dans une Venise revisitée, marécageuse, une ambiance toujours aussi prenante en perspective ! Pouvez-vous nous en toucher quelques mots ? Quelles seraient ses principales différences avec Arachnae ? Cytheriae est un roman plus intimiste. D’abord, l’échelle n’est pas la même – il ne s’agit plus d’une ville mais d’un quartier populaire. Ensuite, les intrigues politiques apparaissent en arrière-plan. Ce sont des forces agissantes, mais contre lesquelles on ne peut pas grand-chose. Ensuite, si l’on retrouve des éléments communs – une intrigue policière, en plus du fil rouge qui relie les différents romans les uns aux autres ¬, ni le fond ni les personnages ne sont les mêmes. Arachnae était un récit de toiles. Cytheriae est un récit de failles. Failles de la psyché, failles humaines, failles telluriques. Pour introduire les questions plus générales, on voit parfois la fantasy malmenée par le milieu littéraire. En tant qu’écrivain dans le genre, quel regard portez-vous sur la fantasy actuelle, plus précisément en France ? Après le fantastique, la fantasy est enfin entrée à l’université. En questionnant le genre (ou la pluralité au sein du genre), ses origines, ses perspectives, des chercheurs comme Anne Besson, Vincent Ferré ou Anne Larue montrent qu’il ne s’agit pas de sous-littérature, mais de littérature à part entière. Selon moi fantasy francophone – et, de manière plus générale, les littératures de l’imaginaire – sont un incroyable vivier de talents, d’imagination et de créativité. Je pense par exemple à Jérôme Noirez, Laurent Kloetzer ou Fabien Clavel ! Quels auteurs, ouvrages ou thèmes vous plaisent particulièrement ? Ont-ils influencé vos écrits, votre manière d’appréhender l’écriture ? Je suis une éponge. Je lis, j’absorbe, je découvre… Et tout dépend aussi de mon état d’esprit, de ce que je veux exprimer. De ce qui m’intéresse à tel ou tel moment. Pour Cytheriae, par exemple, je me suis imbibée de Virginia Woolf et d’ouvrages de psychanalyse, je me suis énervée sur une cochonnerie traitant des tueurs en série, j’ai dévoré un ouvrage de médecine légale, mais je suis persuadée qu’il y avait derrière du Mercedes Lackey, Les Élégies de Duino, l’histoire du Minotaure, « La Belle et la Bête », etc. Bref, des influences multiples, un chaos dans mon cerveau… Et voilà ! Enfin, sur quels projets travaillez-vous actuellement, et pouvez-vous nous en toucher quelques mots ? J’écris en ce moment pour Courants noirs (Gulf Stream) Princesses des os, un polar historique se déroulant en 120, sous le règne d’Hadrien. Lettres aux ténèbres, version révisée et augmentée, sort cet été chez Rivière blanche et n’attend que moi pour être corrigée. Je prépare un très gros projet jeunesse – mais j’aime mieux ne rien dire pour le moment. Un deuxième album, après Croquemitaines, avec Fabien Fernandez. Et puis, bien sûr, Matricia, dont je commencerai la rédaction en début d’année prochaine. Il sera question de vengeance, de manipulation et… d’épidémie. Un dernier mot, pour clore cette entrevue ? Merci d’avoir pris le temps de préparer toutes ces questions !
Propos recueillis par Sahagiel |