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Eragon

 

Eragon

Réalisé par : Stefen Fangmeier

Avec: Ed Speleers, John Malkovich, Jeremy Irons, Djimon Hounsou, Robert Carlyle, Sienna Guillory, Garrett Hedlund

Genre : Fantasy

Durée : 1 h 20min.

Année de production : 2007

Film américain.

Synopsis :

Les aventures rocambolesques d'Eragon, un jeune homme, et de son dragon Saphira dans les contrées fantastiques d'Alagaësia. Devenu dragonnier, Eragon doit quitter sa famille pour combattre la tyrannie des Urgals et des ombres. L'avenir du royaume est entre ses mains...

Critique personnelle du film :

 

Dès la première scène , une question se pose : comment le scénariste envisage-t-il l'œuvre de Christopher Paolini ? Eh bien ma foi, ce n'est guère reluisant. Jeté dans le village d'Eragon, le spectateur peine à suivre toutes les fourches du scénario : la multiplicité des noms perd le public non initié aux livres tandis que les personnages secondaires ou principaux sont mal mis en valeur, voire pas du tout.
Très vite un nouveau élément nous fait froncer les sourcils : les incohérences. Malheureusement, ce film s'en barde, à croire qu'il souhaite remporter l'oscar de la plus belle erreur scénaristique. La tension n'est pas la même que dans un Seigneur des Anneaux ou un Star wars, les rebondissements « rythment » une action linéaire, trop convenue, dirons nous, sur une composition musicale plutôt réussie mais dont Patrick Doyle se mordra les doigts... Le producteur souhaitait à n'en pas douter assurer une synthèse entre les deux sagas toutefois il manque ce grain de folie si appréciable chez Peter Jackson.
Il s'agit là d'un grand défaut : aucune prise de risques. La caméra évoque ainsi des plans gentillets, avec en fond des paysages carte-postale. Le déroulement très linéaire du scénario parachève cette impression de vide : le héros, orphelin dés la naissance, abandonné par sa mère mais possédant un don singulier, comme de bien entendu, se balade du point A au point B (le tout sur son cheval, de beaux parcours équestres, s'il en est) sans chercher à mettre les choses au clairs. Les révélations s'enchaînent les unes aux autres, parfois comme un cheveu sur la soupe, et nombre de personnes s'en voient déroutés.

Mais pouvait-on mieux faire avec un film aussi court ? On pourrait le résumer à ceci : Eragon sait tout, alors qu'il n'apprend rien ; comprend tout alors qu'il ne connaît rien ; se montre brave mais résigné à obéir aux frasques du destin.

Parlons maintenant de l'interprétation de ses personnages. Ah, le film promettait beaucoup avec de telles têtes d'affiche : Robert Carlyle, John Malkovich, Jeremy Irrons, Sienna Guillory ou Rachel Weisz. Mais il ne faisait que promettre. Alors bien sûr, le talent de ces grands acteurs apportent au réalisme du film, notamment la prestation de Jeremy Irrons dans le rôle du mentor mystérieux, mais que dire du maquillage burlesque de Robert Carlyle ? Celui-ci se voit d'ailleurs affabulé du rôle du méchant et se lance dans une interprétation un rien cabotine. John Malkovich souffre lui de ses répliques plates et ne peut donner une réelle consistance à son personnage. Qui reste-t-il ? Sienna Guillory ? Elle tire son épingle et essaie de donner vie à son personnages. Mais là encore, les répliques lui coupent les jambes. Il en est de même pour le jeune Edward Spelleers, interprète d'Eragon. Ma foi, une prestation honnête, malgré un manque de charisme évident. Sans oublier Garret Hedlund, autrement nommé Murthag. Sans doute l'une des meilleures interprétations. Il n'apparaît que quelques minutes dans le film mais vole la vedette à son comparse, sa présence sur scène jouant pour beaucoup.
Des voix françaises, nous retiendrons que celle de Saphira, un chouya trop doucereuse à mon goût.
Les relations entre les protagonistes sont quant à elles moins transparents que dans le livre. On ne sent pas l'attachement d'Eragon envers Arya, si ce n'est quelques regards lancés à la dérobée. Murthag, suite à son arrivée grandiloquente, se lie aussitôt d'amitié avec Eragon, je le cite "tu vas vite me faire confiance". Cela manque de naturel. D'autres liaisons demeurent quant à elle floues, notamment celle d'Adjihad et Nasuada où nous n'observons pas de rapports traditionnels père/fille. Ils semblent presque inconnus l'un à l'autre, assez troublant. Là encore, Saphira et Eragon sauvent la mise. Leur attachement, appuyé par le contact mental de la voix off, s'éprouve au fil des minutes.

Ensuite, un détail ayant visiblement dérangé les fans : le respect du livre. Le scénariste fait le choix de s'en écarter, et en 103 minutes, le résultat en ressort fade. Certains personnages absents (les jumeaux, Solembum, les Nains) seront eux un problème pour une éventuelle suite. Les différences sont telles qu'il faudrait remanier l'essence même du livre. Le mot adaptation n'aurait pas pu être mieux choisie. A voir, donc.

Enfin, le point fort d'Eragon : les effets spéciaux. La dragonne, travail de la Weta Workshop de Joe Literi, est somptueuse. Dotée d'expressions faciales variées, d'un inscrustation au sein du décor maîtrisé et d'une animation fluide, elle aide à l'immersion. En bref, elle dégage la plus grande force du film. On ne peut guère apprécier la texture de Shruikan, le dragon de Galbatorix, néanmoins son regard flamboyant présage de bonnes choses au niveau artistique.

Eragon demeure donc un film moyen, destiné à un jeune public. L'histoire se laisse regarder, on se prend au jeu, quitte à grogner face au manque de profondeur des acteurs. Cela gênera surtout l'immersion des fans et en général l'identification des plus jeunes. Stefen Fangmeier s'en sort toutefois en s'inspirant largement du Seigneur des anneaux dont il tire les plans panoramiques, les vues en plongée puis l'impression de grands espaces (sans oublier bien sûr Durza-Saroumane présenté à ses armées). Sa plus grosse erreur résidera dans la bataille finale, où il tente de reproduire la tension du gouffre de Helm. La caméra y devient hésitante, noyée sous un océan de figurants, pour au final ne rien mettre en valeur.

Les plus

- Saphira
- Le paysage pittoresque
- Fera plaisir aux plus jeunes et les initira peut-être au genre

Les moins

- Caméra brouillonne
- Répliques mièvres
- Personnages classiques
- Les inspirations évidentes
- Trop court, sans doute.
- Trop gentillet.
- Un scénario cousu de fils blancs.

Note finale : 2.5/5

Sahagiel