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Angel Sanctuary

 

Angel Sanctuary Titre : Death Note

Mangaka : Kaori Yuki

Résumé :

Setsuna Mudô, seize ans, est follement amoureux de sa sœur Sara. À cause des règles sociales, il vit très mal cet amour interdit. Sa situation se complique quand interviennent deux démons, Kouraï et Arachnée, qui lui apprennent qu'il est la réincarnation de l'ange organique Alexiel, qui autrefois se dressa contre Dieu. Pendant ce temps Katan, un ange de très haut niveau, met la dernière touche à son projet de résurrection de Rochel, le frère d'Alexiel enfermé il y a bien longtemps par celle-ci après un combat acharné.

Critique personnelle :

L’œuvre phare de Kaori Yuki est sans aucun doute Angel Sanctuary, immense fresque de vingt volumes riches d’une complexité abracadabrante, durant laquelle l’auteur a travaillé son graphisme et donné libre cours aux nombreuses idées qui galopaient sous son crâne. La première édition française d’Angel Sanctuary ne faisait pas honneur à ce chef d’œuvre : transcription des noms douteuse, contre-sens, inventions, non-sens, erreurs grammaticales, mots absents, inversions de bulles, toutes les fautes possibles et imaginables ont été commises avec ce titre, au point d’en rendre la lecture difficile d’accès voire franchement incompréhensible, la traduction hasardeuse ayant donné lieu à un grand nombre d’incohérences et d’illogismes. Cette injustice est désormais réparée avec la sortie actuelle de la version Deluxe, qui peut se vanter d’un format plus grand, d’un papier blanchi et, surtout, d’une nouvelle traduction, bien supérieure à la précédente. L’occasion de revenir sur ce grand titre.

Angel Sanctuary, c’est l’histoire de Setsuna Mudô, un jeune garçon qui serait ordinaire s’il ne portait envers sa propre sœur Sara un amour aussi passionné que contre-nature. Déchiré par ses sentiments, haï par sa mère, délaissé par son père puis rejeté par ses camarades de classe, il voit son destin prendre un tournant inattendu quand surgissent deux démons lui affirmant qu’il serait la réincarnation d’Alexiel, l’ange organique qui jadis a été déchue pour s’être révoltée contre Dieu, et lui demandent de reprendre la tête de leur peuple dans la guerre qui oppose le Ciel à l’Enfer. Tourmenté par ses problèmes personnels, Setsuna refuse, mais lorsque Rosiel, le frère jumeau d’Alexiel et son plus grand ennemi, est libéré de ses scellés et que le pire des drames frappe à sa porte, Setsuna est obligé de s’incliner face à son destin. C’est le début d’un long périple qui va le mener à travers les Enfers et les Cieux…

Si Kaori Yuki s’est fait un nom bien à part dans le monde du manga, c’est grâce au monde caractéristique qu’elle s’est forgée, subtil mélange d’intrigues torturées et de noirceur gothique, et qui est propre à chacune de ses œuvres. Angel Sanctuary, la plus longue, est bien entendu la plus riche et la plus complexe d’entre elles. Si certains avaient pu reprocher aux shôjos de se montrer trop fleur bleue, ils pourront revoir leurs préjugés avec cette mangaka , qui a en effet l’habitude de ne pas faire dans la dentelle. Et Angel Sanctuary ne fait pas exception à la règle, n’hésitant pas à moissonner dans les personnages à tour de bras…

Beaucoup d’action, donc, mais venons-en au scénario : amis des lectures faciles, on ne saurait que trop vous conseiller de rebrancher vos neurones. Rarement en effet on se sera trouvé face à une telle complexité, à un tel réseau de fausses pistes et d’égarements ; ce n’est pas seulement l’intrigue en elle-même, les personnages se mettent largement de la partie pour ne pas simplifier les choses : très nombreux, ils tissent entre eux des liens qui n’ont rien de simples, mêlant amours, morts, trahisons, réincarnations, travestissements et amnésies. Lisez ce titre à la manière d’un nekketsu et vous vous perdrez avant de vous en rendre compte ! Mais qui apprécie les intrigues riches et fouillées ne saurait considérer Angel Sanctuary autrement que comme un régal. Cette panoplie de protagonistes aux caractères bien trempés, adorables pour les uns et détestables pour les autres, habillés tels des hommes d’affaires ou revêtant les tenues loufoques inspirées du visual kei que l’auteur affectionne tant, égaie la galerie ou parfois, la contaminent des germes de leur folie…

Les mondes qu’ils habitent tournent au rythme de lois bien particulières. L’inspiration de l’auteur de la Bible et la Kabbale est bien sûr évidente (les neuf niveaux de la hiérarchie angélique, la représentation des Enfers, la démonologie,…), mais le syncrétisme propre à l’esprit nippon est également de mise, se manifestant par la présence d’éléments de culture étrangère : Hadès, Yggdrasil, sans oublier le sabre Shiranui, en sont autant d’exemples qui, pourtant, s’intègrent à l’univers avec une surprenante facilité.

Le tout est soutenu par un trait frisant la fresque graphique. Ce n’est plus les proportions hésitantes de Comte Cain, pas encore la perfection épurée de God Child : c’est Angel Sanctuary, foisonnant de détails, gracieux et d’une richesse visuelle affriolante… Certains se plaindront d’un éventuel manque de clarté dans les scènes d’action. Il est vrai que le découpage sophistiqué de Kaori Yuki, ses planches contemplatives avant tout pourront déconcerter plus d’un amateur de nekketsu, mais elles en séduiront d’autres avec une grande force.

Pénétrer dans l’univers d’Angel Sanctuary, c’est mettre les pieds dans un monde à la fois beau et laid, séduisant et effrayant, où les Anges rivalisent de vice avec les Démons, où Dieu comme le Diable représentent des mystères autant que des ennemis potentiels, au sein d’un écheveau politique de guerres et de paix où chacun cherche à tirer les ficelles, ou au moins à survivre du mieux qu’il peut. Amours, haines, complots et batailles se déchaînent dans ce grand classique du shôjo, qui malgré le passage des années persiste à occuper dans le cœur de nombreux fans une place centrale , que seule entachait jusqu’à présent une traduction calamiteuse. Il était grand temps que cette injustice soit réparée, c’est désormais chose faite avec cette version Deluxe double particulièrement soignée. L’occasion de, peut-être, rattraper son retard.

Il ne manquerait plus qu’une adaptation télévisée digne de ce nom pour parachever l’œuvre, la série n’ayant en effet été adaptée à ce jour qu’en trois malheureux OAV qui, malgré leur qualité sonore et visuelle, défigurent singulièrement le support de base…

Note finale : --/10

Sherryn