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Arachnae

 

Arachnae Titre du livre : Arachnae

Auteur : Charlotte Bousquet (voir sa biographie)

Genre : Dark Fantasy

Résumé du premier tome :

Des bas-fonds les plus sordides aux éclats de la cour princière, la cité d'Arachnae se livre sans fards, gangrenée par l'horreur et les excès. Dans le Labyrinthe où se côtoient la misère et le vice, des cadavres d'enfants torturés sont retrouvés. Théodora, la belle bretteuse libertine, est contrainte de s'allier avec l'austère Capitaine Gracci pour faire cesser ces crimes, alors qu'une guerre souterraine sans merci se joue entre le prince Alessio et les Moires, ses conseillères, et qu'une secte mystérieuse semble étendre son influence sur l'aristocratie décadente.
Ces alliés que tout oppose parviendront-ils à dénouer la trame des possibles, ou se laisseront-ils engluer dans la toile de la Destinée ?

Critique personnelle du tome :

Ah, Arachnae !

Pédophilie, assassinats, tortures, protagonistes hantés par leur passé ou enchaînés sur l’autel du destin, voilà des thématiques qui donnent le ton ! Une plongée dans un monde où sang, orgies, rites occultes et voiles sombres s’articulent autour d’une intrigue quasi policière, qui prend incontestablement aux tripes. Arachnae est avant tout une ambiance, celle d’une ville éponyme, véritable plaie dont suintent les pires horreurs, entre meurtres, vénalité, commerces humains et autres réjouissances ; mais aussi une découverte des écheveaux politiques, où manipulations, complots, stratégies obséquieuses et immorales ne sont pas en reste : au fond, même ces milieux nobiliaires dissimulent une crasse répugnante. Une visite dont nous ne sortirons pas indemnes !

Une atmosphère donc prometteuse mais fragilisée par certains excès. En effet, nous ne pourrions passer outre une dérangeante surenchère, qui nuit au réalisme des scènes décrites ; nul espoir, nulle évolution, tout sombre dans une nuance plus noire que grisâtre, et laisse un arrière goût inachevé. Sans chercher des amours mièvres, une touche légère n’aurait pas été de refus. De fait, les premières victimes de cette « noire noirceur » seront les protagonistes : bien construits, variés, ils laissent entrevoir une réelle profondeur mais ne parviennent à crocheter le lecteur, au point que leurs tribulations, leurs épreuves, leurs morts parfois, ne toucheront pas toujours.

Pourtant, il y avait de quoi nous les rendre attachants ! Avec une intrigue éclatée en plusieurs points de vue, nous savourons une trame foisonnante, pourvue de multiples enjeux, certains intimistes et qui prennent à contrepieds les grands canevas ; même quand l’auteur recourt aux archétypes, comme l’orpheline guidée par une prophétie, elle les traite avec intelligence, et évite ainsi les principaux écueils. Bien sûr, nous pourrions regretter un final au demeurant assez prévisible, du moins concernant le principal rebondissement, néanmoins, le dynamisme des scènes, leur variété, nous entraînent dans un tourbillon dont il est difficile de s’extraire, une fois la lecture commencée !

Un dernier mot sur le style, qui mérite le détour et satisfera bien des lecteurs : la plume de Charlotte Bousquet se veut incisive, emprunte de lyrisme et d’une indéniable qualité, devenant un atout majeur du récit ; elle parvient à décrire son univers et ses personnages, et se taille déjà une place dans le panthéon des auteurs francophones à surveiller de près !

Peinture d’une ville gangrénée et sordide, ce roman nous emporte et nous fait découvrir les fonctionnements retors d’Arachnae, nous ancrant dans cette cité aux milles facettes et, surtout, nous donnant envie de parcourir, encore, ce monde en décadence…

 

Note finale : 7,5/10

Sahagiel

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Arachnae Titre du livre : Cytheriae

Genre : Dark Fantasy

Résumé du tome :

La splendeur de Cribella, capitale lagunaire de Cytheriae, n'est plus qu'un lointain souvenir rongé par l'humidité et la décrépitude. Certains prétendent même que d'effroyables créatures hantent ses canaux nauséabonds... Et voilà qu'aujourd'hui une vague de suicides inexpliqués endeuille le quartier populaire de Métida. Nola, écrivain public, et son amant, Angelo di Larini, sorcier réprouvé de l'Ordre de la Nouvelle Lune, entendent découvrir et combattre les forces à l'œuvre. Leur dernière piste les mène à Malatesta, démon né d'amours contre-nature prisonnier du Dédale. Sera-t-il un allié... ou leur plus implacable ennemi ?

Dans l'Archipel des Numinées, univers de dark fantasy aux couleurs de la Renaissance vénitienne, la plume élégante de Charlotte Bousquet sait se faire tranchante pour les besoins de l'enquête. Révélation du genre de ces dernières années, elle continue, après Arachnae, son premier roman chez Mnémos, d'explorer la noirceur de l'âme humaine, sans concession ni complaisance.

 

Critique personnelle du tome :

Après Arachnae, roman organique et envoûtant, Charlotte Bousquet revient sur l’Archipel des Numinées et nous offre un nouveau volet de ce cycle sombre. En route cette fois pour Cribella, capitale de Cytheriae, où des cassures sociales, fantastiques et humaines menacent son équilibre.

Très vite, le charme opère. Une fragrance particulière imprègne les pages, nous conviant à visiter cette ville marécageuse, gouvernée par une princesse dont le pouvoir et la légitimité s’amenuisent. Là encore, Cribella incarne un protagoniste à part entière, dual, divisé entre une facette fardée, faite de maisons closes et journaux provocateurs, et une facette plus mystérieuse, un écheveau fangeux où vivent des créatures jugées malfaisantes, démoniaques. Mais au fond, qui est vraiment le monstre ?

Cette thématique centrale nous invite à une véritable réflexion sur la nature humaine et sa définition. En effet, par un ingénieux système, quasi épistolière, Charlotte Bousquet confère une riche envergure à la Bête de Cribella, hybride enfermé au coeur de la cité pour tuer les condamnés à mort. Ce "monstre" prend une dimension presque humaine, partage ses réflexions intimes, ses doutes, ses envies avec une pincée d’ironie et de clairvoyance à même de briser les idées reçues.
Car les apparences sont souvent trompeuses, nous en prenons pleinement conscience : derrière un sourire peut se cacher une sourde détresse, derrière une feinte frivolité un passé douloureux, niché au creux de vos entrailles et avide de dévorer votre âme.

Toutes ces failles s’illustrent à travers l’héroïne, Nola, écrivain public déchirée, fragilisée. De ses plaies suintent de nouveaux thèmes : le rejet du passé et ses résurgences ponctuelles, sources de tourments, la mutilation, la recherche d’un miroir, d’un "autre" susceptible de comprendre sans juger. Autrement dit, une approche plus sociale et poignante des héros ; si nous regrettions dans Arachnae la place trop discrète accordée aux protagonistes, nous franchissons ici un palier : héros ou simples figurants marquent, intriguent. A ce titre, les personnages secondaires ne sont pas en reste et bénéficient d’un traitement soigné. Pour autant, au fil du récit, une difficulté émerge : s’enraciner durablement auprès de figures nombreuses, très nombreuses ; il sera aisé de perdre pied tant les individus se comptent par dizaines, tandis que la multiplication des points de vue, l’intrication parfois peu évidente des intrigues constituent autant de barrières à surmonter.

Une intrigue qui au demeurant reste à taille humaine, plus précisément à l’échelle d’un quartier, avec des préoccupations de prime abord intimistes. Les Moires et la princesse composent ainsi une toile de fond aux enjeux de premier plan, centrés autour d’une enquête ponctuée de magie noire et d’anciens cultes. Un fil rouge transparaît, créant un lien avec Arachnae, et nous ne serons pas mécontents d’en apprendre plus sur ces rituels qui gangrènent toutes les îles, semble-t-il. De quoi contenter notre curiosité jusqu’au prochain tome ! Le scénario parvient à nous tenir en haleine et comporte assez de revirements, pistes, disparitions tragiques et jeux stylistiques - notamment un retour en arrière somme toute intriguant dès les premières pages du récit - pour nous envoûter. Notons également plusieurs évocations des autres principautés de l’archipel, ou rappels des péripéties vécues en Arachnae, qui enrichissent considérablement le théâtre des évènements.

Au final, naviguer sur les canaux marécageux de Cribella s’avère captivant. Dans une ambiance travaillée, parfois sombre, fardée, sibylline ou sordide, nous harponnons des failles humaines, abordons des thématiques toujours aussi riches et, finalement, nous noyons avec délice dans le dédale de Cytheriae

 

Note finale : 7,5/10

Sahagiel

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Matricia Titre du livre : Matricia

Genre : Dark Fantasy

Résumé du tome :

Dans les ruines de Lysania, capitale de Matricia dévastée par la peste cendreuse, une magicienne et un sorcier, derniers rejetons d'une lignée maudite s'affrontent au Jeu du Destin. Pour chaque lame de tarot tirée, un souvenir ressurgit du passé, composant carte après carte la tragique histoire d'une vengeance familiale. Au fil des arcanes, Dionisia, bâtarde métisse des Tengelli, et Alino, son oncle, dressent le tableau effroyable d'un clan d'assassins et de manipulateurs.

Pendant ce temps, le nécromancien Angelo di Larini cherche sur les terres ravagées de Matricia le moyen de contrer le mal qui ronge L’Archipel des Numinées.

Un combat, trois destins – et le monde comme enjeu.

Critique personnelle du tome :

Primée pour son ouvrage Cytheriae aux Imaginales 2011, Charlotte Bousquet poursuit le cycle des Numinées à Matricia, île ravagée par une peste mystérieuse. Si ce troisième volet peut se découvrir indépendamment des autres, mieux vaudrait lire auparavant Cytheriae : certains personnages apparus dans le deuxième tome apparaissent ainsi dans Matricia et révèlent des éléments capitaux de la précédente intrigue.

Les thématiques seront bien souvent sombres et amères : nous rencontrons des protagonistes gangrenés par leurs vices ou leurs ambitions vengeresses ; en effet, nous suivons principalement une famille décadente et malsaine, qui cherche à redorer son blason et renouer avec sa gloire antique, au risque de perpétrer incestes, meurtres et encourager des mœurs avilissantes. Chaque membre de cette dynastie semble atteint par un mal vicieux, transmis génération après génération sans connaître la moindre rémission. Au fil du roman, nous découvrons plus en profondeur les Tengelli, et plane toujours sur eux comme un parfum de fatalisme : rien ne parait pouvoir sauver ces individus englués dans leur folie.

Pour comprendre toute l’étendue de leur déraison, nous suivons une joute verbale entre les deux derniers survivants de cette lignée. Pendant cet ultime affrontement, ils réveillent alternativement leurs souvenirs et nous expliquent « pourquoi » : pourquoi avoir choisi d’exterminer leur famille ; pourquoi ces pulsions vengeresses ; pourquoi cette chape de folie sur eux. Occasion de nous familiariser avec ces narrateurs : Dionisia, puissante sorcière du Destin et héroïne du récit ; et Alino, son oncle, rongé par une démence sans commune mesure, devenu un pantin au service d’une entité plus terrible encore : car ce combat verbal – mental également – dépasse les seuls enjeux familiaux.
Difficile de ne pas compatir quand ils évoquent leurs désillusions, leur perte de foi ou leurs motivations. Une compassion toujours susceptible de se muer en incompréhension, tant ils ont poussé loin leur logique, sacrifiant trop, y compris une parcelle de leur humanité.

Dionisia est à ce titre un personnage très bien construit et doté de plusieurs facettes. Son désir de vengeance guide ses moindres actes, sans cesse affermi, toujours plus obsessionnel. Elle sacrifiera bien des choses sur l’autel de sa revanche, y compris son bonheur, au point que nous finissons par redouter sa détermination et ses choix extrêmes. Pour mettre un terme aux exactions de ces parents haïs, elle emprunte des chemins non moins perfides et redoutables, qui assombrissent et nuancent avec beaucoup de talent sa personnalité. Assurément, ce personnage réservera quelques surprises, bonnes ou non !  

Le roman suit par ailleurs la quête d’Angelo di Larini, déjà présent dans Cytheriae. Envoyé par son ordre pour découvrir l’origine de la peste cendreuse, il permettra de recouper toutes les intrigues et développer davantage ce fil rouge tendu entre les différents tomes de l’Archipel des Numinées. Par ses rencontres, il apportera aussi une touche d’innocence et d’espoir, fort bienvenue pour contraster avec ces sombres chapitres narratifs !

Un mot sur la plume, enfin, occasion de plusieurs jeux stylistiques : Charlotte Bousquet individualise sans mal ses deux narrateurs et rend parfaitement leur « voix » respective ; les chapitres centrés sur Alino en sont un bon exemple, tant nous ressentons toute sa folie et son dégoût, envers sa propre famille, envers ce Destin injuste, et envers lui-même, parfois.

Charlotte Bousquet signe une nouvelle fois un très bon roman, sombre, oppressant, sans fausse note. Elle nous plonge dans une trame familiale où stratagèmes froids, vengeance et folie sont de mise, sans jamais perdre de vue la vaste intrigue qui relie tous les romans des Numinées. À noter que la couverture, dessinée par Elvire de Cock, nous offre une superbe illustration de la belle Dionisia et traduit bien son dangereux exotisme !

 

Note finale : 8/10

Sahagiel

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