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Lemashtu

 

Titre : Lemashtu, chroniques des Stryges

Auteur : Li-Cam (voir sa biographie)

Genre : Fantastique moderne

Résumé du premier tome :

Lemashtu Dracul, futur Roi de Walachie, a dû fuir la Roumanie et l’oppression dont sont victimes les siens.
En exil à Londres, il a pour seuls compagnons deux stryges : Féhik, un prêtre dont la sévérité n’a d’égale que la propension aux sarcasmes ; et Aratar, un maître enseignant suspicieux et moralisateur. Lem étouffe sous la surveillance constante de ses aînés et les innombrables règles de sécurité édictées par le Vatican. Il aimerait pouvoir vivre comme les autres adolescents.
Mais Lem n’est pas humain. À l’aube de ses quinze ans, il sent monter en lui des pulsions obscures et commence à prendre la mesure de sa véritable nature.
L’arrivée de Liéga, un jeune strigoï, vient bousculer son morne quotidien et le confronter à la vérité.
Et si Lem se trompait, s’il était infiniment plus précieux qu’il l’imaginait…
Si c’était lui qui était en danger…

 

 

Critique personnelle de l'oeuvre :

Ça deviendrait presque une habitude mais les auteurs francophones étonnent ; à chaque fois, nous apprécions des mondes savamment orchestrés, des intrigues loin des archétypes, et un enthousiasme qui ne dément pas !

Ici, la plus belle réussite serait l’interprétation du bestiaire : les vampires, appelés Stryges, vivent dans un équilibre précaire, où les hommes les confinent pour limiter leur prolifération, tandis qu’ils souffrent des violences à leur encontre.
Les Stryges dévoilent peu à peu leur coutume, des veillées de Noël aux castes qui les hiérarchisent. Découpés en plusieurs groupes, chacun ayant des particularités et un prestige différents, ils sont abordés de façon quasi scientifique selon les chapitres, parfois à travers des légendes revisitées, des conversations saupoudrées d’humour, ou des réminiscences plus tragiques.

Car nous ne pouvons occulter la part sombre du roman. Sous des devants humoristiques et légers (quoi de plus savoureux qu’un adolescent découvrant sa sexualité ?), le livre recèle nombre d’horreurs et stimule notre réflexion : certes, les Stryges se nourrissent de sang, mais est-ce une raison pour les persécuter, les forcer à la dépravation la plus abjecte, alors qu’ils ressemblent tant aux humains ? Deux camps sont ainsi présentés : ceux dont l’ouverture d’esprit prône et qui accepteront, aideront, même en secret, les Stryges ; et les moins tolérants, qui voient leur peuple comme un mal sous-jacent, perfide, à éliminer. Ces points de vue pimentent le récit, le manichéisme étant le plus souvent esquivé au profit de la nuance.

Par ailleurs, arrêtons-nous un instant sur la richesse du roman ; les narrateurs sont variés, les manières dont nous appréhendons l’univers également, mais c’est surtout une culture qui se dévoile. Par exemple, Li-cam propose une approche originale de la religion (n’oublions pas que le Vatican lui-même se porte garant de certains Stryges et régule leur sortie de la zone de confinement) et bien pensée, émaillée de discours latins, d’anciens ordres, de valeurs et nuances. Assurément, l’ouvrage est cohérent. Mention spéciale aux fiches illustrées et à la grande qualité de l’objet livre !

Le propos, quant à lui, a le bénéfice de l’originalité ; certes, il faudra là encore sauver une race en péril, dont la pérennité repose sur les épaules d’un adolescent ; certes, le tout évolue sans réelles surprises. Mais nous découvrons les enjeux, motivations, dilemmes sous un nouvel angle, où l’auteur met l’accent à la fois sur le côté génétique du problème, mais aussi son aspect plus humain, social, avec la perte de valeurs morales et une projection bien triste de notre monde.

Enfin, les personnages rayonnent : certains paraîtront un tantinet effacés, mais la plupart jouiront d’un traitement soigné et exigeant, nous présentant sans tabou les questions qui traversent un esprit encore jeune ou celui, plus désenchanté, d’un homme ayant survécu aux génocides. Tour à tour léger et sérieux, ils satisferont et, même si nous regrettons quelques redondances, s’imposent sans superficialité.

Au final, voici un livre qui se dévore, et nous ne pouvons que suivre avec intérêt les prochains ouvrages de l’auteur, qui marie aux distractions le débat, et ce avec brio.

Note finale : 7.5/10