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Loup, y es-tu ?

 

Loup, y es-tu ?Auteur : Henri Courtade (voir sa biographie)

Genre : Fantastique

Titre : Loup, y es-tu ?

Résumé du tome :

Et si les êtres maléfiques des contes de notre enfance existaient réellement ?
Sans doute ces créatures vampiriseraient-elles notre planète. Elles seraient de tous les génocides, manipuleraient les plus grands dictateurs. Bref, tapies dans l’ombre d’Hitler ou sous le feu des projecteurs des plateaux télé, elles auraient entre leurs mains expertes le devenir de l’humanité.
Sinistre tableau !
Si de tels êtres vivaient, il serait à souhaiter que leur alter ego bienfaisant existe également. Qu’en ce début du XXIe siècle, ces personnages merveilleux s’éveillent et décident de se battre.
Et alors, qui sait de quel côté la balance pencherait…

Critique personnelle du tome :

Avec Loup, y es-tu ?, Mille Saisons continue d’enrichir sa collection fantastique et nous propose une relecture des contes de notre enfance. Un récit ambitieux, que nous commencions avec une réelle curiosité.

Très vite, une observation nous vient à l’esprit : le principal défaut du roman serait son rythme, trop lent et prévisible. De fait, l’auteur consacrera parfois des chapitres entiers à étayer des évènements passés, que le lecteur déduisait par lui-même, au risque de ne pas développer assez certaines relations ou chutes. Ainsi, nous en apprenons peu sur les personnages, qui laissent une impression plutôt stéréotypée, faute d’avoir montré leurs nuances. Les héroïnes sont belles, virtuoses ou altruistes, et même si nous apercevons parfois un début de défaut, elles manqueront cruellement d’envergure. Il en va de même pour leurs ennemis, exception faite du Loup, sans doute le personnage le plus complexe du roman, de par sa dualité et ses nombreux dilemmes, aussi est-il dommage que nous en découvrions si peu sur lui.

Quelques thématiques sont, il est vrai, plutôt intéressantes. Particulièrement le traitement des crimes de guerre, la manière dont certaines victimes se replient dans un mutisme douloureux, sans extérioriser leurs épreuves ou, plus simplement, voir leurs bourreaux punis. Suivre la quête des deux nains Franz et Albert, mais aussi découvrir quelles horreurs survenaient dans les camps de concentration, étaient de fait enrichissant. Par ailleurs, l’éclairage mis sur une poignée de figurants, par exemple un membre de la gestapo impliqué dans le sauvetage d'individus recherchés par le régime nazi, permet de nuancer, l’espace d’un paragraphe, le manichéisme du livre.
Néanmoins, cette quête parallèle ne nourrit pas outre mesure l’intrigue principale, beaucoup plus fragmentaire et sujette à maladresses. En effet, le scénario se basait sur une idée originale, plutôt intrigante : et si les personnages merveilleux que nous connaissons – le chaperon rouge, la belle au bois dormant ou cendrillon – existaient réellement ? Et si leurs antagonistes, comme le grand méchant loup, se cachaient dans l’ombre des plus grands dictateurs et menaçaient de rompre le fragile équilibre du monde ? Dans la même veine, aborder des évènements réels, comme les attentats du 11 septembre, promettait un environnement riche et intuitif. Pourtant, Henri Courtade ne réussit pas à magnifier sa thématique centrale, et se perd dans des retours en arrière et apartés peu consistantes. Nous aurons ainsi le droit à des critiques de la société quelque peu aisées, qui auront tendance, au fil des chapitres, à perdre de leur saveur. Si mettre en lumière les conséquences de la mode sur les jeunes populations, à travers l’anorexie, la corruption des médias et des politiciens, ou encore la pollution générée par les grands pontes de l’industrie peut introduire une certaine réflexion, encore faut-il amener son sujet de manière appropriée, sans trouver dans chaque conversation un prétexte à des dialogues moralisateurs. De fait, l’ouvrage aurait gagné à traiter moins de thématiques, mais avec plus de panache.
Notons toutefois le ton humoristique de l’auteur, qui nous invite à découvrir la destinée peu courante de ces personnages emblématiques. L’ironie dont il fait parfois preuve désamorce des situations quelque peu tirées par les cheveux, sans toujours convaincre, malheureusement.

En effet, on comprend assez peu pourquoi la sorcière souhaite à ce point détruire ses adversaires merveilleuses, devenues amnésiques et qui ne cherchent pas à la combattre, mais bien au contraire à rester discrètes et mener une vie sans autre ambition que vendre des robes ou des tickets de spectacles. Quand bien même pourrions-nous y associer une simple volonté de suprématie, les réponses données au cours du roman accentuent les incohérences, au point que les divers protagonistes ne paraîtront guère clairvoyants, parfois. La fin quelque peu précipitée ne nous fournira pas plus d’informations. Là encore, certaines idées qui tirent le roman vers le haut, nous pensons notamment au rôle du chaperon rouge, restent en périphérie du récit, souvent trop peu traitées.

Cette réinterprétation des contes merveilleux manque ainsi d’ampleur. Si Loup, y es-tu ? ne sera pas une lecture désagréable, au sens où l’auteur propose un univers somme toute audacieux et se munit d’une plume simple mais efficace, elle ne transcendera pas pour autant le genre et aurait mérité quelques approfondissements supplémentaires.

 

Note finale : 6/10

Sahagiel

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