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Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson

 

Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède Titre : Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Auteur : Selma Lagerhölf (voir sa biographie)

Résumé du tome :

Il était une fois un vilain, très vilain garçon, qui ne connaissait son égal en mauvaise foi ni en méchanceté. Or, un jour, il surprit le tomte qui veillait sur sa maison, et décida de lui jouer un mauvais tour en se moquant de lui. Ce fut une bien mauvaise idée : pour le punir, le petit être le transforma lui-même en tomte. Miniaturisé, soudain impuissant face aux bêtes qu’il aimait tant tourmenter, Nils se heurte à l’antipathie générale mais pour lui, la véritable aventure commence quand il cherche à retenir au sol un jars décidé à suivre les oies sauvages dans leur migration annuelle. En pure perte, puisqu’il est arraché au sol et se retrouve obligé d’accompagner les oiseaux dans leur long voyage…

Ce roman est à l’origine une commande du Ministère de l’Éducation adressée à Selma Lagerlöf, alors déjà une romancière reconnue, pour enseigner aux petits Suédois la géographie. Sous sa plume naît Nils Holgersson, qui fut publié pour la première fois en 1906 ; c’est dire si l’œuvre a depuis eu le temps de se muer en un classique inattendu. Traduite dans le monde entier, adaptée à plusieurs reprises -dont une fois en dessin animé japonais-, elle vaut à son auteur le Prix Nobel de Littérature en 1909, soit deux ans après Rudyard Kipling et son Livre de la Jungle, mais donne aussi son nom à un prix littéraire récompensant les ouvrages destinés à la jeunesse. Le petit héros est même présent sur les billets suédois de vingt couronnes, quelle influence !

Critique personnelle :

De fait, ce livre aurait pu se limiter à un bouquin comme les autres, qui forgent de sympathiques souvenirs d’enfance mais passent le restant de leurs vies coincés entre deux pupitres, oubliés sitôt la lecture laborieusement effectuée. Contre toute attente, il connut un destin diamétralement différent, puisque son succès colossal dépasse le cadre de la Suède. Pourquoi ? Difficile à déterminer tant les interprétations se multiplient avec les classiques ; une chose est sûre : l’œuvre de Selma Lagerlöf possède quelque chose en plus par rapport aux ouvrages scolaires habituels. Une âme, peut-être ?

Comme tout livre d’école destiné aux enfants, Nils Holgersson évoque une métaphore de la bonne éducation. Le héros, exemple légendaire de méchanceté, connaît à travers ses aventures une évolution de caractère rapide, qu’il est obligé d’adopter pour survivre, et qui encense les multiples bienfaits de la vertu. Seulement, loin de s’en tenir au personnage principal, la réflexion envahit chaque détail du roman ; pour l’écrire, Selma Lagerlöf voyage dans tout le pays, prenant photos, notes et relevant récits et légendes régionaux. Le résultat ? Une leçon de géographie devenue à la fois conte de fée, parcours initiatique et réflexion philosophique.

Pour ce qui est de la géographie, en tout cas, c’est réussi. Chaque région de la Suède se voit décrite avec talent, d’abord dans sa typographie, ses plaines ou ses forêts, ses rivières ou ses grottes, à travers des textes foisonnants de vie, visuels et sensitifs. Mais aussi et surtout, dans son essence, dans sa personnalité ancestrale, à travers ses légendes, ses mythes. Ces derniers peuvent être abordés de toutes les façons, ils peuvent prendre l’apparence de vieux souvenirs de grands-pères, transmis de générations en générations ; ou parfois, nos amis les rencontrent directement, via des aventures plus fantasmagoriques, frisant le fantastique ou, plutôt, sous forme de rêve dont on peine à retracer la réalité, malgré l’impression douce-amère qui nous étreint ensuite. Pour le lecteur étranger, cela constitue un dépaysement exotique des plus agréables.

De fait, le côté décousu du roman pourra en troubler certains. Il s’attarde sur les aventures de Nils mais ne se limite pas à la linéarité, connaissant des revers ainsi que de longues périodes où le garçon se voit séparé de ses protectrices ; autant d’occasions, à vrai dire, de faire la connaissance d’autrui et de pénétrer leurs mondes. Les récits extérieurs, dont les points de vue varient beaucoup, sont autant de mises en abîme qui toujours servent le développement du pays et constituent des portes ouvertes vers la beauté de son âme éternelle, telle qu’elle est probablement transmise de génération en génération.

L’autrui en question peut être constitué de tous les peuples ; il s’agit parfois d’êtres humains, de vieux hommes solitaires ou d’enfants, de citadins, d’ermites ou de lapons restés proches de leurs origines ; d’autres fois nous avons affaire au peuple des bêtes, oiseaux, ours ou renards, qui bien entendu possèdent leurs propres lois et coutumes et ne comprennent guère les nôtres. Certains cohabitent avec les humains en bonne entente, d’autres guettent d’un œil inquiet le développement de leur civilisation qui ronge peu à peu leur habitat…

Toutes ces rencontres transfigurent Nils, quand bien même ne constituerait-il pas le seul protagoniste. En effet, une large place est accordée aux personnages secondaires, aussi bien ses compagnons de voyage (le jars, Akka, Finduve, etc) que d’autres, moins suivis, tels Asa la gardeuse d’oies et le petit Matt, attachants orphelins qui errent à la recherche de leur père, survivant comme ils peuvent. D’autres figures, plus momentanées, n’en sont pas moins marquantes, on pense à l’élan Poil Gris qui a regagné sa liberté sous les exhortations du chien Karr, ou encore à Golgo l’Aigle revenu à sa nature après avoir été élevé comme une oie. Toutes des figures personnelles et pourtant représentatives d’une espèce ou, à plus large échelle, du cycle de la vie.

Un aspect présenté dans le livre, même s’il ne constituait probablement pas un but premier, serait la vie des anciens paysans, leurs croyances et modes de vie. Sans doute les choses ont-elles changées depuis, ce qui fait du roman, en plus d’un voyage physique et d’une ode à la nature, une plongée dans le passé. Une plongée où tous les sens sont en éveil car ils ont tout à y apprendre.

Le merveilleux voyage de Nils Holgersson évoque un classique indémodable, venu d’une époque où même les ouvrages jeunesse exigeaient un minimum de qualité littéraire, critère qui semble se perdre de plus en plus à l’heure actuelle. Le lire, c’est retrouver pour quelques heures une âme d’enfant, à mi-chemin entre le rêve et la réalité.

Note finale : --/10

Sherryn