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Les Perles d'Allaya

 

Les Perles d'Allaya Titre : Les Perles d'Allaya

Auteur : Gabriel Féraud (voir son interview)

Résumé du tome :

Au cœur du Dashan existe un Héros béni des dieux : Munde Shayapan. Il a juré allégeance au Maharadjah et, depuis, la Voie de l'Honneur dicte sa vie. Chacune de ses aventures est devenue mythique, chacun de ses faits d'armes nourrit le peuple d'espoir et de confiance. Ainsi, nombreux sont les aventuriers à se presser aux portes du Tournoi qui déterminera les guerriers dignes d'accompagner le Héros du Dashan dans sa prochaine quête : la recherche des Perles d'Allaya. Selon les légendes, elles reposeraient au cœur de Bushira, cette sombre jungle dont jamais personne n'est revenu. En entreprenant un tel périple, Munde Shayapan tente d'obtenir la seule chose qui lui ait été refusée jusqu'à présent : la Liberté. Mais le prix à payer ne se révèlera-t-il pas trop élevé ?

Critique personnelle :

D’emblée, nous sommes frappés par la touche exotique du récit. L’auteur nous peint une fresque originale, où nous apprécions une ambiance, des mœurs et des règles innovantes. Les archétypes occidentaux (nous songeons aux figures guerrières, notamment, qui marient à un soupçon de phallocratie une violence crue, omniprésente) se mêlent ainsi aux légendes orientales et d’Inde, comme le Mahabharata. Dans un second temps, nous découvrons un bestiaire et un panthéon pour le moins novateur. Certes, les emprunts à la mythologie hindoue sont assez visibles, aussi pourrions-nous atténuer la créativité du roman, mais il s’en dégage une telle atmosphère qu’on se laisse convaincre.

Si nous souhaitions découvrir le monde créé par l'auteur, en apprendre plus sur ses contraintes et secrets, nous serons comblés ! Au-delà de sa société hérissée de barrières, Gabriel Féraud présente aussi des complots : les relations qui unissent ou séparent les différents échelons hiérarchiques sont définis avec soin, et dévoilent volontiers leurs enjeux, aspirations, décadences. Aussi la cohérence politique s’avère-t-elle plaisante, sans pour autant nous phagocyter l’esprit.

Car entendons-nous bien, vous ne trouverez pas dans ce roman une réflexion élevée. Même si nous savourons un joli second degré et une palette d’avatars assez riches, les personnages resteront stéréotypés, et les thèmes communs. Le Héros lassé de ses quêtes cherche à quitter sa notoriété, un désir qui le pousse aux frontières de la mort, entre complots retors et rebondissements, combats à en perdre haleine et déchirements intérieurs. Nous aurons le droit à quelques moments de bravoure mais également à des surprises (plus ou moins attendues selon les chapitres) acérant le rythme. Chutes incisives, révélations prenantes, style adroitement dosé : guère le temps de s’ennuyer au cours des chapitres !

Concentrons-nous un instant sur le scénario. Simple sans être simpliste, il révèle des variables appréciables, malgré les raccourcis empruntés. Certes, l’auteur recourt à des schémas bien connus, avec l’organisation d’un tournoi et la constitution d’une équipe d'exploration, par exemple, toutefois il prend aussi des risques. Il mène une intrigue pourvue de multiples ramifications, dont chaque fourche se voit travaillée et qui, mises à bout à bout, créent un ensemble cohérent. Quand les révélations tombent, on se surprend à sourire tant le scénario était mené d’une main de maître. Quelques déceptions sont pour autant présentes, notamment pendant la seconde moitié du roman, en demi-teinte car moins fertile sur le plan scénaristique, même si nous apprécions alors les psychologies des personnages ; et surtout la justification même de la quête : si on saisit son aspect charnière, on regrette que l’auteur ne s’appesantisse pas davantage sur son utilité ni n'en justifie le choix. Elle apparaît, au contraire, comme un prétexte à un voyage trépidant.

Je terminerai sur ces protagonistes qui rebuteront une partie du lectorat. Je ne le redirai jamais assez : nous nageons en plein dans l’héroïc fantasy, un retour aux sources, pourrait-on dire, où la virilité s’épanche à chaque chapitre. Les Champions éternels de Moorcock, Kane de Karl Edward Wagner, Conan de Robert E. Howard... et maintenant Munde Shayapan ! A n’en pas douter, nous possédons notre figure épique française. Phallocratie, Voix de l’Honneur, efflorescence sanguine, muscles roulant sous la peau, vous en ferez bombance !

Au final, une intéressante découverte dans le paysage SFFF français, sûre de ses qualités et plutôt rafraîchissante, un bon point s’il en est. Le style n’éblouira pas la chronique, très vif et direct, mais en un sens cela correspond au récit. Un roman qui nous l’espérons en appellera d’autres !

Note finale : 7/10

Sahagiel