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Titre :

Auteur : Ellen Kushner (voir sa biographie)

Genre : Fantasy

Résumé du premier tome :

Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d’Eau, le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu’impitoyable, violent à ses heures, ce dandy scandaleux gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale.
Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons, certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va dès lors se retrouver au cœur d’un inextricable dédale d’intrigues politiques et romanesques qui pourraient bien finir par lui coûter la vie…
Au-delà du roman d’aventures mâtiné de mélodrame, au-delà de l’hommage savoureux rendu à Dumas et aux grands récits de cape et d’épée, À la pointe de l’épée est une œuvre forte, profondément dérangeante, sur la nature de la réalité et la moralité de la violence. Une inoubliable galerie de personnages plus grands que nature, désespérés au point de tout risquer.

 

 

Critique personnelle de l'oeuvre :

Roman à la couverture à mon goût superbe, on pouvait s’interroger sur son contenu. Une fantasy à l’échelle humaine, car ne s’intéressant pas à des enjeux cosmiques mais quotidiens, sentimentaux, politiques, parfois anodins ou plus généraux. Ce pari prend racine dans une société bien établie par Ellen Kushner : deux groupes hiérarchisés qui interagissent et se mêlent, s’appuient les uns sur les autres pour survivre, sans renier leurs différences. Voilà qui présageait d’agréables surprises !

À la pointe de l’épée dégage une poésie sombre et intéressante. À aucun moment, on ne pourrait reprocher à l’auteur de simplifier son propos. En entreprenant un roman comme celui-ci, où le lyrisme se marie volontiers à la violence, dans un style dont on retiendra le foisonnement, elle risquait les foudres ; car, si l’écriture élégante, parfois maniérée, charmera certains, elle pourrait desservir la compréhension chez d’autres. Pour ma part, j’ai aimé ces touches de sophistication, qui évitaient de tomber dans la lourdeur et nous apportaient un récit travaillé.

Distingué, le monde l’est aussi ; nous plongeons dans un univers proche de notre XVIIIe siècle où les nobles mènent la danse. Possédant tous les pouvoirs, ils créent une société scindée en deux groupes, ce qui s’exprime autant dans leurs valeurs que leur position géographique. Les riches, mieux dotés, se déplacent dans la belle ville, sur les hauteurs où ils organisent complots et manigances. Les appauvris, eux, vivent dans la tourbe et côtoient mille visages de la cassure sociale.
Or peu importe le groupe, nous rencontrons des personnalités riches et complexes. Car le roman s’articule autour d’un petit nombre de protagonistes. Ce choix permet aux lecteurs de cerner aussitôt leurs relations, d’apprendre à mieux les connaître, voire de s’identifier à eux. Nous envisageons ainsi plusieurs perles : Alec à la langue acérée, prompt à l’esclandre mais peinant à contenir son côté fantasque ; Saint-Vière, bien sûr, dont nous apprécions la noblesse et l’humilité ; ou encore Michael Godwin, Lord Ferris, la duchesse Tremontaine ; toutes ces personnalités sortent des sentiers battus et, surtout, sonnent justes : ne cherchez pas ici de manichéisme, vous trouverez seulement des tons de gris, une bien jolie couleur avouons-le.

Avec ces personnages, ce sont de nouveaux thèmes qui apparaissent : l’homosexualité, l’honneur, la politique pour une grande partie, la difficulté de survivre dans un groupe aux valeurs différentes des siennes… Les rapports paraîtront humains et, malgré quelques sujets prêtant à débat, ne sombreront pas dans le superflu. Les choses viennent ainsi naturellement, par petites touches.
Comme dit, la politique tient ici un rôle prépondérant et pourrait rebuter certains lecteurs ; en effet, nous plongeons au cœur des complots, stratagèmes, manipulations, intrications et contournements : les assassinats à fins politiques et personnelles ne sont pas absents, sans compter les louvoiements de certains protagonistes qui, nous le devinons, ont encore beaucoup de secrets à révéler.

Au final, ce livre fut une découverte aussi rafraîchissante qu’agréable. Il bénéficie d’un traitement soigné et loin des canevas : ici, pas de quêtes ou d’épopées médiévales, non, l’auteur prend un pari dont nous la remercions, car elle s’y essaie avec talent.

Note finale : 8/10