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Les Salauds Gentilshommes

 

Titre : Les Mensonges de Locke Lamora

Auteur : Scott Lynch (voir sa biographie)

Genre : Fantasy

Résumé du premier tome :

On l'appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux. L'autre moitié pense qu'il n'est qu'un mythe. Les deux moitiés n'ont pas tort. En effet, de corpulence modeste et sachant à peine manier l'épée, Locke Lamora est, à son grand dam, la fameuse Ronce. Les rumeurs sur ses exploits sont en fait des escroqueries de la pire espèce, et lorsque Locke vole aux riches, les pauvres n'en voient pas le moindre sou. Il garde tous ses gains pour lui et sa bande : les Salauds Gentilshommes. Mais voilà qu'une mystérieuse menace plane sur l'ancienne cité de Camorr. Une guerre clandestine risque de ravager les bas-fonds. Pris dans un jeu meurtrier, Locke et ses amis verront leur ruse et leur loyauté mises à rude épreuve. Rester en vie serait déjà une victoire...

 

Critique du premier tome :

Les mensonges de Locke Lamora connut dès sa sortie un franc succès et un salut unanime des lecteurs. Avec ce premier roman, Scott Lynch faisait donc sensation et il y avait de quoi être intrigué !

Amusant, intelligent, ce premier tome marque rapidement des points et « happe » aussitôt. De prime abord simple, l’intrigue nous propose de suivre une bande de voleurs, qui use volontiers de stratagèmes théâtraux pour soutirer des fonds aux nobles. Autrement dit, vous ne rencontrerez pas des criminels dépenaillés : nous serions davantage proches de gentlemans cambrioleurs, rusés, inventifs et soudés ; téméraires, ils mettent au point des plans rocambolesques et millimétrés avec soin, que nous découvrirons avec un grand plaisir.

Derrière ces ingénieux voleurs se cachent des personnages humains et attachants. Leur ville est une immense scène de théâtre où ils sont en représentation constante, pourtant, entre eux, il n’existe plus ni masque, ni costume, ni identité usurpée : ils entretiennent au contraire une profonde amitié, au cœur du roman. Par ailleurs, difficile de ne pas apprécier leur humour et de leur étonnante simplicité : bien sûr, ils fomentent des arnaques incroyables, mais ne sont pas eux-mêmes « incroyables » ; ainsi Locke Lamora, notre héros, ne sera pas des plus charismatiques ni des plus adroits avec une lame ! Ses failles, ses défauts en font un protagoniste crédible, au même titre que ses acolytes ! Nous nous attachons d’autant plus au groupe que nous remontons loin dans leur enfance et dans leur relation, par le biais de flashbaks disséminés au fil du texte.

Tous ensembles, ils pensaient continuer tranquillement leurs affaires et rire au nez des nobles trop naïfs. Mais se trament parfois des évènements imprévus, auxquels nos amis ne pourront échapper. Assurément, ils affronteront bien des épreuves, dans une intrigue rythmée et riche en rebondissements ; il arrivera que nous devinions certains dénouements avec leur révélation officielle, pourtant nous sommes happés, plus encore : bringuebalés pendant 500 pages. Par ailleurs, quelques mystères demeurent et annoncent de futurs tomes repus en action !

Une autre réussite du roman serait son cadre, Camorr, une cité qui devient presque un personnage principal au détour des chapitres. Au croisement des cités italiennes, avec ses canaux, son aristocratie friande de bals et sa pègre locale, elle charme, envoute, emporte ; la description de ses allées tortueuses, de son folklore des plus surprenants – mention spéciale à la désormais célèbre foire aux mâchoires –, de ses commerces officiels ou officieux ne manqueront pas de séduire. Nous découvrons une ville où évolue une faune bigarrée, constituée de bandes de voleurs soumises au commandement du parrain local, qui régnait autrefois avec force et charisme mais semble, progressivement, se reposer sur son pouvoir. Autour de cette communauté de Gens Biens, comme ils se nomment, orbitent de nombreuses règles qui ont, au fil des ans, délimité non seulement leurs droits mais aussi leurs devoirs en Camorr, dans une entente tacite avec les hautes autorités. En bref : nous pénétrons là dans un monde pensé en détails, avec une personnalité chatoyante et une richesse sans cesse renouvelée.

Au final, nous refermons cet ouvrage avec un vrai sourire, après avoir passé un agréable moment de lecture. Sans prétendre révolutionner la Fantasy, Les mensonges de Locke Lamora apporte beaucoup au genre. Amusant, rythmé, inventif, servi par une plume qui ne sera pas toujours des plus châtiées, avec un vocabulaire ponctuellement argotique, quand nous côtoyons des bandes de voleurs, ce premier tome charme donc et nous fait attendre impatiemment la suite.

 

Note finale : 8/10

Sahagiel

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Titre : Des Horizons Rouge Sang

Résumé du deuxième tome :

Locke Lamora, l'ancienne Ronce de Camorr, et son comparse Jean Tannen ont fui leur cité natale. Ils ont embarqué à bord d'un navire et gagné la cité-État de Tal Verrar, où ils prévoient bientôt de réaliser leur forfait le plus spectaculaire : s'attaquer à L'Aiguille du péché, une maison de jeu réservée à l'élite et voler son incommensurable trésor. Il n'existe qu'une façon de s'approprier l'argent de cet établissement: le gagner aux divers jeux qu'il propose à ses clients. Un domaine que Locke et Jean croient connaître sur le bout des doigts. Mais, une fois encore, les deux compères se retrouvent embringués dans des aventures imprévues... et devront se frotter à la flotte pirate de la redoutable capitaine Zamira Drakasha. Une véritable sinécure pour des voleurs qui ne distinguent pas bâbord de tribord ! Et pendant ce temps, les Mages Esclaves fomentent leur revanche contre celui qui les a humiliés et croit avoir échappé à leur châtiment: un certain Locke Lamora.

 

Critique du deuxième tome :

Ce deuxième volet nous annonce un vaste changement  : nouvelle ville, projet de vol audacieux, et aussi toute autre ambiance… De quoi déstabiliser ! En effet, cette fraîcheur que nous appréciions tant au premier volume nous fait ici défaut ; même si Scott Lynch se démène pour renouveler son ensorcellement, le charme n’opère pas – ou du moins, pas autant.

De fait, Tal Verrar manque de panache et ne tient définitivement pas la comparaison avec Camorr. Bien sûr, cela pourrait être un choix de mettre en retrait la cité pour davantage développer les protagonistes ou un autre aspect du roman. Toutefois, nous restons sur une impression de « pas assez » : il aurait fallu une pincée de piment supplémentaire pour galvaniser ce plat qui, au demeurant, suit scrupuleusement la recette du premier tome.
Nos deux rescapés des Salauds-Gentilshommes devront en effet déployer tous leurs talents pour voler un casino ; les ingrédients ne varient pas : un plan en grande partie basé sur la faconde des personnages, de nombreux jeux de dupes et coups de bluff, des multiples identités et une verve certes moins envolée, mais bien présente.
La seule originalité du scénario est de confronter nos héros à un imprévu de taille, les Mages-Esclaves désirant obtenir réparation pour les mutilations du Fauconnier – d’ailleurs, compte tenu de leurs pouvoirs remarquables, nous pouvons nous demander pourquoi ils ne suppriment pas simplement les deux voleurs, plutôt que menacer en surface leur plan : par goût du jeu ? Ou est-ce plutôt une incohérence ? Laissons le bénéfice du doute à Scott Lynch.

Nos Salauds-Gentilshommes auront donc fort à faire pour réussir leur vol, dans un scénario aux multiples rebondissements, dont certains paraissent à ce titre un tantinet surfaits. Songeons ainsi aux atermoiements nautiques du binôme, qui s’avèrent longuets et nous laissent une triste impression de rajout, comme si l’auteur avait souhaité greffer au roman une ultime péripétie – longue de plusieurs centaines de pages ! – pour ne pas atteindre trop vite son dénouement. De fait, même si certains personnages secondaires sont de belles réussites, en particulier Drakasha et Requin, d’autres ne suscitent aucune empathie, malgré les efforts de Scott Lynch pour introduire des ressorts dramatiques et des idylles amoureuses.
Une fois encore, seuls Jean et Locke tirent leur épingle du jeu : nous suivons en effet leur évolution et leur lente reconstruction après les drames du premier tome. Le roman met principalement en lumière leur amitié, pourtant soumise à maintes tensions. Malheureusement, là encore, leur relation piétine rapidement et ne parvient pas à soutenir les protagonistes secondaires qui en conséquence, et contrairement au premier volume, paraissent assez fades.

Non pas que Des Horizons Rouge Sang soit mauvais, bien sûr. Renouer avec cet univers et en découvrir davantage sur les personnages, leurs motivations ou leur passé reste un plaisir ; par ailleurs, le style de Scott Lynch alterne rebondissements, actions mouvementées ou réflexions plus posées pour amorcer l’intrigue du tome trois. Malgré tout, ce roman souffre de la comparaison avec son prédécesseur : nous ne retrouvons pas ce même charme audacieux, frais et entraînant. Une déception qui ne nous empêchera pas de guetter la sortie (fort attendue !) du troisième volet.

 

Note finale : 7,5/10

Sahagiel

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